Trespass Journal

Isoler le noyau Bure

La lutte contre Cigéo, le projet d’enfouissement de déchets nucléaires à Bure, dans la Meuse, fait face depuis quelques mois à une répression d’une ampleur et d’une intensité rares. D’ailleurs, l’un des chefs d’inculpation les plus vagues et malléables du code pénal, l’association de malfaiteurs, vient d’être ajouté à un éventail de mesures répressives assez inouï appliqué à cette lutte (moyens de renseignements très importants mis en place, dizaines d’interpellations, perquisitions à répétition, interdictions de territoire).

En effet, alors que selon les textes ce qui constitue l’association de malfaiteurs est « tout groupement formé ou entente établie en vue de la préparation, caractérisée par un ou plusieurs faits matériels, d’un ou plusieurs crimes ou d’un ou plusieurs délits punis d’au moins cinq ans d’emprisonnement », il n’est nulle part défini ce qu’il faut entendre par groupement ou entente. Par ailleurs, le groupe n’a besoin d’être ni très organisé, ni structuré, ni hiérarchisé ou même constitué d’un nombre important de personnes. C’est au juge qu’il revient au final de caractériser précisément l’existence du groupement… avec toute la latitude que cela implique. Comme pour bien signifier qu’une lutte dans son entier peut maintenant être considérée non plus comme un processus collectif, mais comme une entreprise criminelle. Afin de mieux comprendre le développement de cette affaire, voici une chronologie (partielle) des événements-clés de cette période :

21 juin 2017 : Quelques personnes s’introduisent dans le hall de l’hôtel-restaurant de l’Andra (Agence nationale pour la gestion des déchets radioactifs). Des dégâts matériels sont causés. Un départ de feu est très rapidement éteint par un employé.

Juillet 2017 : Ouverture de l’information judiciaire pour association de malfaiteurs.

15 août 2017 : Manifestation d’environ 800 personnes à Bure contre le projet d’enfouissement de déchets nucléaires. Une forte répression cause au moins 6 blessés grave dont Robin, qui a le pied déchiqueté par une grenade GLI F4.

20 septembre 2017 : Première vague de perquisitions par 150 policiers dans cinq domiciles d’opposants au projet, dont la Maison de la Résistance.

Janvier-février 2018 : Premiers procès.

22 février 2018 : Opération d’ampleur dans le Bois Lejuc, une parcelle forestière occupée depuis l’été 2016. Plus de 500 policiers et CRS expulsent les quelques dizaines de personnes vivant dans des cabanes.

16 juin 2018 : Manifestation à Bar-le-Duc « contre la poubelle nucléaire ».

20 juin 2018 : Deuxième vague de perquisitions dans 11 domiciles (collectifs ou non) d’opposants au projet. Dix interpellations, dont huit donnent lieu à des gardes à vue, et deux à des auditions libres.

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J. participe à la lutte à Bure depuis plusieurs années. Il est l’un des mis en examen pour association de malfaiteurs et nous décrit la généalogie de cette construction judiciaire et ce qu’elle révèle de la situation actuelle.

Zadibao : Est-ce que tu peux résumer la situation à Bure ?

J : Il faut revenir sur un moment-clé, le 21 juin 2017, avec le départ de feu le hall de l’hôtel-restaurant de l’Andra. Ça a déclenché tout un ramdam médiatique sur le thème : « Bure va trop loin »… Et là, une information judiciaire [une enquête menée par un juge d’instruction] s’est ouverte en même temps que des sénateurs ont appelé à ce qu’il y ait un escadron de gendarmerie mobile en permanence à Bure. Tout le dispositif s’est mis en place avec une rapidité effarante. Comme s’il ne manquait que l’événement qui faisait que l’association de malfaiteurs pouvait avoir lieu.

Immédiatement après ça, il a été très difficile de se déplacer dans le coin, de pouvoir aller d’une maison à l’autre, de sortir de chez soi sans avoir systématiquement un camion de gendarmes mobiles devant la porte ou une surveillance caméra. Dès que des gens sortaient de chez eux, c’était contrôle d’identité systématique ou filature tout le long de leur déplacement.

Et puis, il y a eu la manifestation du 15 août, pendant et après laquelle il y a eu une répression très forte, avec notamment la blessure au pied très grave de Robin. Ça, et la pression que mettait l’escadron de gendarmerie mobile en permanence, ont fait que beaucoup de gens sont partis de Bure à ce moment-là. C’est lorsqu’il y a eu la première série de perquisitions le 20 septembre, qu’il s’est avéré que l’on était passés sous le « régime » de l’association de malfaiteurs. C’est ce qu’on a vu sur la commission rogatoire qui justifiait les perquisitions.

Donc, on a ce premier acte qui sert à recueillir des pièces à conviction, saisir tout ce qu’il est possible de saisir. Parce que bien entendu, maintenant que l’association est ouverte, il faut la construire, il faut qu’il y ait quelque chose dedans. Et parallèlement, le harcèlement policier continue, et il y a aussi toute une vague d’auditions libres des anciens de la lutte, qui ne sont pas auditionnés spécifiquement sur des faits, mais plus sur une implication dans la lutte. Et surtout, tous les gens qui ont été arrêtés sur la période de fin d’année 2017 vont se retrouver en procès dans les six mois qui suivent, c’est-à-dire au début de l’année 2018. Tout le caractère policier de harcèlement quotidien et de fichage se transforme ainsi en judiciarisation, avec notamment beaucoup d’interdictions de territoire… En février, l’expulsion du Bois Lejuc « justifie » encore des outrages et une vague impressionnante de procès, où vingt personnes sont traduites en justice rien que pour l’expulsion, avec une fois de plus des interdictions de territoire à la pelle.

Aujourd’hui, la situation est celle d’une forte répression. Le pivot a été la manifestation de Bar-le-Duc le 16 juin 2018, où il y avait un peu un regain d’énergie. On s’était dit : « on sort de Bure », parce que là ça commençait à être compliqué sur place. La manifestation a été mise sous très haute surveillance, avec beaucoup de fichage, mais très peu d’arrestations (il est probable que tout ce recueil d’informations soit versé au dossier par la suite). Et trois jours après, on a une deuxième vague de perquisitions : 14 perquisitions, dont la Maison de Résistance à nouveau et un certain nombre de domiciles privés. C’est là que cinq d’entre nous sont mis en examen, ainsi que trois personnes en témoins assistés : Etienne Ambroselli, l’avocat de la lutte, une personne très engagée sur la lutte depuis une vingtaine d’années au sein d’une association, et une dernière personne, qui, elle, sera mise hors de cause.

À partir de là, les contrôles judiciaires sont mis en place et cela signifie que du jour au lendemain, un certain nombre des personnes très investies dans la lutte ne peuvent plus entrer en contact, se voir, ne peuvent plus être ensemble dans une réunion. Et évidemment, on n’est pas innombrables : tu retires cinq à dix personnes des plus impliquées sur le terrain, les plus constantes, tu leur interdis de se voir, tu leur interdis d’aller sur le terrain, et tu as effectivement engagé une paralysie de la lutte. Et si tu ajoutes à ça un écrémage progressif des militants sur le terrain, et bien tu évides une lutte en moins de deux.

Aujourd’hui, il y a près de 30 interdictions de territoire, et sept personnes mises en examen. Elles ont été arrêtées chez elles avec des gardes à vue très difficiles, car on voit bien une volonté de faire craquer les gens. Il y a un travail important qui est fait lors des auditions pour provoquer des dissociations, parce que ce qui a été un des points forts de la lutte à Bure, c’est qu’il n’y a jamais eu de dissociations officielles d’aucune des parties de la lutte. Il y a toujours eu une solidarité contre la répression et contre ce qui nous tombait dessus qui était assez tenace, même lorsque cela devenait difficile de tenir. Sauf qu’on est arrivés à un point sur les auditions où des personnes des associations sont mises devant le choix de se dissocier, d’abandonner la lutte ou d’être complices d’une association de malfaiteurs. Il devient donc extrêmement difficile de résister sans s’ajouter à la liste des suspects qui tombent sous l’association de malfaiteurs. Pourtant il y a eu, malgré cette pression et cette intimidation importantes, encore résistance sur ce coup-là. Mais il n’est pas exclu que ça change dans les prochains mois avec les éléments qui sont sortis, qui se sont ajoutés, avec la surveillance systématique, l’utilisation de tout le fichage qui a été fait sur la durée, et l’utilisation des conflits internes lors des auditions pour essayer de faire craquer les différentes positions unitaires. « On sait que vous n’êtes pas d’accord, on sait que vous, ce jour-là, vous n’étiez plutôt pas partant pour faire ça ».

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Zadibao : On entend souvent que ce qui se passe à Bure est un peu un laboratoire de la répression. Comment vois-tu cela ?

J : Je pense que pour les services de renseignement, comprendre comment nos luttes fonctionnent c’était beaucoup plus facile à Bure qu’à NDDL. Donc je pense que Bure sert non seulement de laboratoire et d’expérimentation sur la répression, mais est en plus un endroit formidable pour obtenir les modes et outils de fonctionnement d’une lutte, telles que s’organisent nos luttes aujourd’hui. Pour moi, c’est évident dans les saisies massives de matériel, l’analyse systématique de tous nos supports informatiques (c’est près de 60 ordis, une centaine de téléphones qui ont été saisis lors d’une vingtaine de perquisitions). Je pense que cela a avant tout pour but d’analyser nos modes d’organisation, les réseaux qu’on constitue, etc. On voit ça aussi à travers les énormes arbres téléphoniques de connaissances qui sont produits dans des dossiers qu’on a pu voir (pas ceux de l’instruction parce que je ne peux pas en parler trop dans le détail, mais ceux qui ont été produits parmi les nombreux dossiers jugés au tribunal dans les mois précédents) : on voit des morceaux de ce gigantesque travail transversal par les services de renseignement et d’investigation de recueil de tous les contacts, de tous les modes de fonctionnement des structures autogérées (auto-média, legal team, medical team). Tout est épluché : tous nos comptes, toutes les structures légales. Il y a ainsi eu des réquisitions sur toutes les entités juridiques pour voir comment elles sont organisées, qui est derrière, qui a son nom, qui est qui. Il y a également eu des réquisitions systématiques des identités de tous les gens qui ont manifesté à Bure. C’est-à-dire que sur une manif de 400 personnes, il y a 400 noms et prénoms dans les dossiers, s’ils avaient leur téléphone sur eux. Et à partir de là, il y a un outil informatique qui compile tout ça, qui en déduit des arbres de connaissances : « ça c’est le groupe de connaissances de Nancy, ça c’est le groupe de connaissances des gens qui sont autour du NPA, ça c’est le groupe de connaissances autour des associations contre Cigéo, ça c’est le groupe de connaissances des gens à Bure ». C’est du massive data : ça permet de déduire le fonctionnement en réseau, d’essayer de deviner comment fonctionne ce réseau de luttes. Il y a vraiment un laboratoire à ce niveau-là.

Par ailleurs, je pense que l’on voit l’expérimentation de moyens technologiques qui sont quand même pointus, comme des voitures qui se baladent avec des antennes de captation, qui étaient jusque-là réservés à des dossiers comme celui de Tarnac ou d’autres dossiers d’anti-terrorisme. Et à mon avis, il y a pas mal de choses qui ont été mises en place dont on ne connaît qu’une partie. Jusqu’à présent, c’était plus concentré sur des groupes autonomes, ou des groupes militants « radicaux », mais déployer ces outils sur une lutte tout entière, ça, c’est inédit.

Et puis, il y a aussi la concentration de toutes les affaires et de tous les types d’affaires sur un tout petit tribunal, celui de Bar-le-Duc. Que ce soient les affaires courantes de Bure, que ce soit l’instruction, ou autre, le même juge peut siéger pour tout. C’est comme le procureur qui commande à la police, instruit les dossiers de flagrance et les enquêtes préliminaires, et qui siège et requiert au tribunal. Il y a aussi quelque chose d’assez inédit là-dedans. Et je pense que toutes les luttes un peu isolées dans des secteurs plus ruraux ont des risques de se retrouver dans cette configuration. Je pense notamment à l’Amassada, parce que je pense qu’on est l’expérimentation de ce que l’Amassada commence à connaître. Je crains qu’ils soient les suivants et que nous, on serve de test pour voir ce que l’on peut leur appliquer derrière.

Zadibao : Et qu’est-ce que ça veut dire au quotidien d’être sous le coup d’une judiciarisation pareille ?

J : C’est spécial, parce que généralement, dans un dossier où on fait partie d’un groupe poursuivi pour des actions spécifiques, ça se restreint au périmètre de ce groupe. Mais là, notre instruction et notre contrôle judiciaire épousent les contours géographiques d’un territoire, donc on est sous contrôle judiciaire, on est sous surveillance et on est sous pression tant qu’on est dans ces limites territoriales. On est sous oppression permanente. Les gendarmes sont partout dans le territoire, ils savent tous qui on est, quel que soit l’endroit où on se trouve. Sur sept personnes mises en examen, il y en a six qui habitent le département ou sont riverains du département, avec des amis en commun, des lieux en commun, des lieux de lutte, des lieux de convivialité, etc. Ça veut dire qu’on est susceptibles de se croiser à peu près n’importe où. Et comme on a des profils très différents, ça touche plein de réseaux différents. Ce qui fait qu’on se retrouve paralysés : même si on voulait s’investir sur un autre champ militant, on ne peut pas, puisque ça ne touche pas que Bure, ça touche toute la vie militante locale. On est vraiment dans une espèce de toile engluée. Et c’est exacerbé par le fait que l’instruction ait un cadre aussi extensible. C’est un vrai chewing-gum le machin, qui s’étend à l’infini… On ne peut pas se dire : « ce sont ces faits-là qui sont poursuivis ». Non, tout ce qu’on fait est susceptible d’entrer encore dedans. Ce qui veut dire qu’on ne peut même pas se retirer si on le voulait. Moi je suis à Commercy, à 40 bornes, mais tout ce que les gens font à Bure est au dossier et mis à charge de l’association de malfaiteurs dont je continue à faire partie malgré moi. Même si je voulais m’en retirer. Donc c’est extrêmement vicieux. En fait, on est assignés à résistance : l’avenir de cette lutte c’est le nôtre, en tout cas notre avenir est intimement lié à l’avenir de la lutte. On est obligés de rester là. Qu’on le veuille ou non.

Zadibao : Est-ce que tu penses qu’il y a un lien avec la victoire à NDDL ?

J : Il y a peut être une dimension de vengeance. Il y a aussi et surtout je pense une dimension qui consiste à ne surtout pas laisser la possibilité qu’un deuxième NDDL apparaisse. Il y a une espèce de hantise qu’il puisse y avoir un autre point de crispation et, évidemment, il y a un gros potentiel à Bure avec un projet aussi énorme, qui touche autant de réseaux. Pour l’état c’est clair que c’est l’endroit à abattre et à neutraliser, à maîtriser le plus fermement possible.

Zadibao : Comment fait-on pour ne pas laisser ce constat nous paralyser ? Quelles sont les formes que peuvent prendre les soutiens ?

J : Déjà l’association de malfaiteurs, elle resserre le champ sur les malfaiteurs : dans sa logique soit, lorsqu’on est auditionnés, on se désolidarise, soit on est potentiellement des malfaiteurs qui seront poursuivis à terme, qu’on soit indifféremment acteurs ou complices des faits prétendument incriminés. Et on se verra ainsi reconvoqués autant de fois que nécessaire à trier le bon du mauvais militant. Dans le temps, elle vise donc à resserrer le champ autour d’un petit groupe de criminels, la bande organisée, qui serait au centre. Mais si on n’arrive pas à resserrer ce champ et que la solidarité est suffisamment massive, qu’il y a des gens qui disent : « on est tous des malfaiteurs, on est tous complices de ça, on continuera tous à militer à Bure, à manifester à Bure, et on se mobilisera tous autour de ça », alors c’est vachement plus dur de nous isoler. Et en parallèle, on doit rester sur nos positions : « on ne concède rien dans les gardes à vue, on ne déclare rien »… Ainsi, le dossier se nourrit uniquement du fantasme policier et pas de nos errements et de nos fragilités. Je pense que ça c’est très important à souligner : la résistance face à ce type de dispositif, c’est de dire « on nie le dispositif », cette association de malfaiteurs on essaie de ne pas la faire exister dans nos comportements. Évidemment, quand tu as 5 à 10 ans de prison en face de toi, ça fait peur. Tu ne peux pas ne pas avoir peur de ça. Mais s’arrêter de lutter n’est pas une solution, parce qu’on deviendrait vraiment isolés. On laisserait toute sa place à une instruction qui se nourrit des vides et des peurs qu’elle génère, et qui nous condamne alors forcément si on ne la combat pas très collectivement avant qu’elle ne parvienne à son terme. Donc s’arrêter n’est pas possible. En revanche, il y a d’autres façons de lutter, sur tous les plans de l’existence. Cela signifie dire non, nous ne sommes pas seulement la conflictualité que vous essayez d’enfermer dans un dossier, nous sommes aussi une autre vision de la vie, une autre vision de l’avenir, et pour ça je pense qu’il faut absolument travailler à Bure et dans toute la région à opposer une autre vision du territoire au nucléaire. Dire « c’est ça qu’on veut, on n’est pas venus là dans l’intention de ‘commettre des dégradations’, on est venus là avec une autre vision de l’avenir ». C’est ça notre but premier. Les dégradations naissent de la conflictualité inévitable que crée l’Andra elle-même par son avancée brutale, appuyée par une politique oppressive et répressive.

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via Zadibao https://zadibao.net/2018/11/30/isoler-le-noyau-bure/

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Présentation des armements des forces de l’ordre – Désarmons-les !

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ZADISSIDENCES n°3 Des voix off de la ZAD

La troisième brochure de compilation de textes critiques parus sur la zad de NDDL. Zadissidences 1 concernait la période allant de la « victoire » de mi-janvier 2018 contre le projet d’aéroport à Notre-Dame-des-Landes et s’arrêtant au tout début des expulsions-destructions de début avril 2018. Zadissidences 2 relatait la première vague d’expulsions, soit le mois d’avril 2018.
Ce numéro-ci concerne la deuxième vague d’expulsions, qui a eu lieu en mai 2018, après ce que l’État avait appelé une « trêve ».

L’idée est ici toujours de compiler des textes qui causent de la zad, critiquent la tendance dominante dans le mouvement de lutte contre l’aéroport de Notre-Dame-des-Landes, et tentent d’enrayer ses pratiques autoritaires et réformistes. Plus précisément, nous voulons participer à diffuser des voix de ce mouvement qu’on entend moins et qui refusent les choix et les visions politiques d’une partie des occupant·e·s, notamment celle qu’on entend beaucoup et qui depuis quelques mois préfère se nommer « habitant·e·s » (comme pour se défaire d’un costume devenu gênant). Ces conflits ne sont pas nouveaux, l’abandon du projet n’a fait qu’amplifier ce qui était déjà la direction prise depuis des années par quelques occupant·e·s en alliance avec les « composantes », direction qui en déjà fait fuir plus d’un·e depuis longtemps.

Certain·e·s trouveront triste de donner tant de place à ce qu’illes préfèrent appeler des « embrouilles internes » et se diront que ça n’a pas vraiment d’importance comparé aux grands enjeux de « l’avenir » de la zad. D’autres sauront y voir la densité des réels conflits politiques que la situation révèle, et chercheront à en tirer des leçons pour d’autres luttes. Déjà beaucoup sont parti·e·s écoeur·é·es, d’autres tiennent le coup vaille que vaille. Il y aura encore tant à raconter et à discuter de cette aventure dans les temps prochains avec celleux qui voudront y donner de la place.

Ces textes ont en commun une sorte de rage. Et ces temps-ci, c’est notamment cette rage qui nous permet de nous reconnaître dans la tempête. On a choisi ces textes-là parmi d’autres, sans être nécessairement en accord sur tout.

Ambiance réactionnaire… pour une écriture de l’Histoire des vainqueurs

Pourtant certain·e·s continuent de crier à la victoire pour mieux séduire et appeler au soutien de leur « projet d’avenir ». Mais on devine que l’enjeu est surtout de tirer le maximum de profit de cette situation tant qu’elle reste bien cotée à la bourse des luttes modèles.

On voit naître un « fonds de dotation » pour diversifier et pérenniser l’investissement des dernières années dans la composition et les liens avec « la gauche » et sa manne financière. De nombreux écrits, images et évènements fleurissent pour bien ancrer une version arrangeante tant que le cadavre de la lutte est encore chaud et déjà embaumé.

Enfin, jusqu’à l’échelle plus petite des réseaux indépendants de contre-information, on perçoit une entreprise discrète et diffuse de censure et d’étouffement des quelques voix qui ont réussi à se faire entendre et qui font tache dans ce tableau parfait. À titre d’exemple, le site Paris-luttes.info refusera la publication des ZADissidences mais dans le même temps publiera les comptes-rendus du site expansive.info de la semaine « Reprendre son souffle » d’août 2018, une forme de copinage pour une des tendances les plus autoritaires de la ZAD.

Loin de nous l’envie de se positionner en pauvres petits choux, nous préférons regarder en face ce processus et en tirer des leçons à partir des positionnements de chacun·e. Certains faits ne trompent pas :
Le 6 juillet, « ZADissidences 2, 1re vague d’expulsions » était publié sur le site zad.nadir.org, conformément à la prétention du site de relayer toute « parole d’occupant·e·s » qui lui était envoyée.
Le 9 juillet, il était dépublié. Un mail expliquait que « la publication ne fait pas accord (…). On en reparle à notre prochaine réu dans quinze jours ».

Le 30 juillet, à notre question « vous avez publié le premier ZADissidences, alors quelles raisons pour ne pas publier celui là ? », un mail de l’équipe du site répond « merci pour le rappel, par soucis de cohérences on dépublie ZADissidences 1 aussi ».
Hop, un petit nettoyage rétroactif en passant, on peut alors se demander jusqu’où s’arrêteront-illes ?

Depuis, nous avons pu lire le nouveau mode de fonctionnement du site zad.nadir. On y trouve le refus d’« alimenter les querelles de milieux », ou de « servir de « crachoir à chaud » pour des gens qui ne seraient pas capables de se parler directement ». Ça semble à la mode de dépolitiser les conflits et de cantonner au privé ce qui se joue dans les luttes.

Un autre argument pour ne pas publier ces brochures est que le site ne veut pas publier « des textes qui sont inintelligibles pour quiconque ne vit pas sur la zad » (même argument utilisé par Paris-luttes.info d’ailleurs) « et qu’on ne considère pas comme des critiques constructives ». Il ne faudrait pas confondre ce qui est intelligible de ce qui est politiquement correct de dire à propos de la zad. Et les textes présents dans ZADissidences viennent d’un bon nombre de personnes, avec tous les points de vue que ça peut représenter. Sûr que ça paraît plus foisonnant qu’une ligne claire, argumentée, d’un groupe organisé où seules quelques personnes écrivent pour l’ensemble. Et font la part belle au mythe de la zad et à la mise en scène de la révolte.

Bon, on va pas prétendre être surpris·es non plus, hein, c’est pas la première censure de ces temps-ci. Mais le rapport de force devient de plus en plus écrasant sur la zad en général, et donc aussi dans ses divers groupes collectifs où certain·e·s tentaient encore de la faire fonctionner de manière horizontale, tant bien que mal jusque-là.

La critique politique et les conflits sont à étouffer discrètement, et une image positive de la zad est à reconstruire d’urgence. Les artistes et intellectuel·le·s se mobilisent, en croyant bien faire comme à leur habitude, en soutien aux légendaires « mauvaises herbes » de la zad, enfin pas celles qui l’étaient probablement un peu trop, mauvaises. Et qui se sont déjà fait éradiquer, pour le coup…

Mais certains coups de couteau dans le dos ont tout de même été trop visibles et conflictuels pour pouvoir être niés plus longtemps. Alors, dans les derniers textes [1] qui tentent de sauver tout ce capital subversif investi dans « la zad », ils sont présentés comme des choix difficiles, parfois même douloureux. Ah, pauvres d’elleux, incompris·es et critiqué·e·s pour avoir dû prendre ces décisions ingrates de couper et d’abandonner dans la bataille quelques membres gênants de ce grand « corps » qu’était la zad, et qui n’auraient pas tenu sous le « manteau » de la légalisation. Mais tout ça pour sauver l’essentiel bien sûr. L’essentiel…

On peut aussi y lire que oui, peut être, d’autres choix auraient été possibles, mais bon voilà, c’est fait, maintenant on doit se préoccuper de « la suite ». La suite…

Assumer ces quelques bribes leur permet de nier ce qui peut encore l’être, et de préparer le terrain pour une réécriture de l’Histoire en direct, de la probable future défaite collective par la faute des « radicaux », de la discorde qui aurait laissé la place à l’État, d’un mythe de l’« unité du mouvement » pour cacher qu’elle a été l’un de leurs outils favoris de gestion de la lutte tant que le filon était exploitable.

« Une des postures doit gagner et l’autre doit perdre, la diversité des tactiques devient impossible parce que les buts diffèrent » ( La zad est morte, vive la zad , texte de la Maison de la Grève de Rennes). C’est pourtant si simple, non ? Les positions sont nivelées, égales les unes aux autres, face au hasard de la vie. Et le suspense est à son comble : en effet, entre la stratégie réformiste et le refus du dialogue avec l’État, qui donc aurait pu parier sur le vainqueur ? De même, qui serait assez clairvoyant·e pour deviner ce que l’Histoire officielle choisira finalement de retenir ?

Alors pour lire des textes qui causent de la zad hors des canaux officiels, il faut chercher d’autres sources, comme par exemple les sites zadresist.antirep.net et nantes.indymedia.org !

Merci encore pour toutes ces contributions, et prenez soin de vous !

Merci de les lire, et tenez bon !

Et ne soyons pas tristes, car tout ce qui a été vécu dans cette lutte, y compris ces derniers mois, continue de nourrir des parcours et des rencontres contre ce monde de merde.

À la prochaine !

P.-S.

Les trois brochures sont téléchargeables sur infokiosques.net sous le thème citoyennisme.
Zadissidences 1
Zadissidences 2
Zadissidences 3

Notes

[1Du CMDO, de la Maison de la Grève, et de Lundi matin qui prétendent presque ne pas se connaître. Même des membres du POMPS en ont écrit un…

Via IAATA https://iaata.info/ZADISSIDENCES-no3-Des-voix-off-de-la-ZAD-2819.html?utm_source=dlvr.it&utm_medium=twitter

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Rosier cherche épines

Depuis l’abandon du projet d’aéroport, une partie du mouvement a fait le choix d’une stratégie de négociation en vue d’une légalisation de l’occupation de la ZAD de Notre-Dame-des-Landes. Cette stratégie a été présentée comme devant créer un « manteau » ou un « dôme » protégeant – légalement – un foisonnement d’activités hors cadre vouées à rester vivantes sur la ZAD. Elle devait empêcher l’appropriation privée des terres et des communs par la création d’une structure collective qui devait être la seule à pouvoir signer un contrat avec l’État.

De compromission en coup de force, ce ne sont au final que des Conventions d’occupation précaire (COP) qui ont été signées, à titre individuel, portant sur des projets plus ou moins agricoles, et dont une grande partie s’intègre au marché. Précaires comme leur nom l’indique (6 mois, renouvelables ou pas), ces COP excluent toute forme d’occupation des terres autre que celle sur laquelle elles ont été déposées.

Ce choix, fait par certain-e-s, engage de fait les autres, puisque les COP couvrent la quasi-intégralité de la zone occupée. Il entraîne donc la normalisation de nos activités et de nos pratiques, les enfermant dans le cadre légal et les contraintes qu’il impose. Il vide de contenu politique notre présence ici. La norme s’imprime d’elle-même et parvient à se trouver des gardiens. Et des promoteurs.

Le collectif du Rosier, lieu occupé depuis plus de 10 ans, détruit pendant les expulsions de 2012, puis reconstruit et toujours occupé, maintient son refus de rentrer dans ladite « stratégie administrative », de se plier aux règles faites pour nous gouverner et de coopérer avec un État qui aménage nos vies pour les faire correspondre aux besoins du capital, qui assassine les pauvres des quartiers populaires le plus souvent issus des « anciennes » colonies, qui expulse les gent-e-s qui n’ont pas les bons papiers, mène une politique raciste, mortifère et armée aux frontières, etc. (la liste est longue). Dans un contexte où les voisin-e-s acceptent les conditions dictées par l’État et justifient par les normes juridiques et administratives l’invasion de nos espaces de vie et d’organisation, nous nous trouvons isolés et menacés.

Aujourd’hui, nous avons donc besoin de la présence active de toutes les personnes souhaitant ouvrir des brèches dans l’implacable normalisation en cours. Venez nous rencontrer, passer du temps et construire avec nous d’autres dynamiques. Venez faire vivre ce lieu pour qu’il demeure et se pérennise comme un espace hors normes, où on n’accepte pas de rejeter celleux qui n’entrent pas dans les bonnes cases, où on refuse d’enterrer ses rêves.

via ZAD Resist https://zadresist.antirep.net/article171-Rosier-cherche-epines

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Montreuil (93): ouverture de l’Écharde

Lundi 1er octobre 2018, alors que des artistes du Jardin d’Alice allaient sagement rendre les clefs du bâtiment, 19 rue Garibaldi à Montreuil, une trentaine de personnes sont venues perturber leur plan en occupant le lieu. Après 3 ans de gardiennage, cet endroit devait être rendu au géant de l’immobilier Nexity qui gère le bâtiment pour le compte de l’EPFIF (Établissement Public Foncier de la région Ile-de-France). Alors que l’État tente de vider de leur sens les luttes de mal-logé.e.s en faisant signer des conventions d’occupation précaire, des artistes aux zadistes, alors que les maires de gauche font miroiter des réquisitions pour grappiller quelques bulletins de vote, nous, comme d’autres, on squatte. Avec l’arrivée du métro à la Boissière, la rénovation du Bas-Montreuil et plus généralement le projet d’intégration de la ville au Grand Paris, les galérien.ne.s sont relégué.e.s en lointaine banlieue. En arrachant par nous-mêmes des espaces de vie, on n’entend pas pallier aux carences de l’Etat mais être offensif.ves à son encontre !
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Terres communes – Mobilisation – ZAD – 29/30 septembre 2018

samedi 1er septembre 2018

TERRES COMMUNES : MOBILISATION – ZAD – 29/30 SEPTEMBRE 2018 DÉFENDONS LE BOCAGE ET SES MONDES !

Comme pour chaque rassemblement, des personnes du collectif NDDL Paris-IDF oganisent des bus depuis Paris. Il suffit de se connecter ici.

N’hésitez pas à nous envoyer sur zad [at] riseup [dot] net les contacts pour remplir des bus à partir de chez vous !

Dans un monde qui s’emmure, l’existence de la zad a ouvert des imaginaires aussi éclatants que tangibles. Depuis l’opération César en 2012, elle a servi de point de référence et d’espoir à une foule de personnes qui jugeaient indispensable de construire ici et maintenant d’autres possibles. Après l’abandon de l’aéroport face à un mouvement aussi offensif que massif, le gouvernement a tout mis en œuvre pour se venger et mettre un point final à des années d’expérimentations collectives insolentes. Une série d’attaques militaires, administratives, politiques et judiciaires ont amputé une partie de la zad et fragilisé son assise, et ce malgré les formes de résistance qui se sont trouvées sur ces différents terrains. La signature, en juin, d’un lot de conventions sur les terres occupées a néanmoins marqué une forme de cessez-le-feu et le maintien d’un ensemble de lieux de vie et de projets.
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Les Radis-Co à la #ZAD #NDDL

Nous pourrions vous expliquer en détail notre point de vue sur ce qui s’est passé à la Zad ces derniers mois, cette dernière année, et même plus loin encore. Nous pourrions vous raconter nos déceptions, nos blessures, nos sentiments de trahison, et le fait que plein de nos compagnon.ne.s de luttes aient fini par partir, écœuré.e.s et meurtri.e.s.
Nous pourrions, mais ce serait faire couler encore plus d’encre pour des histoires qui en ont déjà beaucoup eues.
Ce que nous voulons vous dire, c’est qu’il reste une partie de la ZAD qui continue de porter les mêmes valeurs que lorsque nous avons rejoint cette lutte contre « le monde de l’aéroport », une partie qui préfère prendre le risque de tout perdre plutôt que piétiner ce en quoi elle croit. Nous sommes un peu sonné.e.s, mais nous tentons de faire vivre quelque chose qui nous ressemble, et pour le moment ça prend, entre autres, la forme d’une assemblée hebdomadaire.
Ce texte a pour objectif de vous dire que nous sommes encore là, mais c’est surtout une invitation à nous rejoindre, parce qu’on ne conçoit pas les choses sans vous…

Les Radis-co, c’est quoi ?

C’est un réseau affinitaire regroupant des occupants et occupantes de la ZAD de Notre dame des Landes qui veulent défendre par l’action directe les idées d’autonomie, d’entraide, de respect du vivant, et de lutte contre l’autorité et toutes les formes de dominations, contre l’économie et ses logiques d’exploitation.

1) Une assemblée ouverte tous les lundis à 13h12 à la Grée

Elle a pour objectif de se coordonner entre différents groupes et individu.e.s, échanger des informations, organiser des actions, dans un cadre de discussion horizontal – que nul.le n’y soit plus important.e ou légitime qu’un.e autre, et que chaque parole puisse s’exprimer, sans être niée, méprisée ou passée sous silence.
Nous resterons vigilant.e.es et n’hésiterons pas à réagir aux actes d’oppressions, de discrimination ou aux tentatives de prise de pouvoir et au besoin exclure de nos échanges celles et ceux qui s’en rendraient responsables de manière répétée.
N.B. : Nous nous sommes d’abord réuni.e.s pour nous organiser entre personnes ne se reconnaissant pas dans la « stratégie administrative ». Cela ne signifie pas que nous excluons par principe les personnes qui ont déposé des projets auprès de la préfecture, mais qu’il soit clair que cet espace n’est PAS consacré à ces stratégies (il en existe déjà d’autres pour cela)

2) Un lieu physique d’accueil et d’information à la Grée, avec des permanences fixes

(le lundi et le jeudi), des outils collectifs (ligne téléphonique, accès à @, moyens d’impressions, …), pour se rencontrer, recevoir et informer les personnes qui (re)viennent sur zone (revue de presse, infokiosque, cartographie, et ce qui peut vous sembler utile) et centraliser des propositions (par le biais d’une boite à idées, d’un carnet de contacts, …).

3) Des moyens de communication à distance

un site web https://zadresist.antirep.net, une ligne téléphonique (demandez par mail), adresse mail radis-co [at] riseup [dot] net, (et bientôt une page internet dédiée, une liste mail, …)

Ici, sur la Zad, on a d’abord l’intention de :

– S’organiser pour des (re)constructions/(ré)occupations de lieux détruits ou expulsés sur la Zad, et soutenir les copaines qui ont déjà commencé à agir en ce sens ;
– Préparer la défense et en cas d’échec la réoccupation des lieux qui ont choisi de ne pas se soumettre à l’impératif administratif imposé par l’état au travers de la préfecture ;
– Faire en sorte que les forces du désordre toujours présentes sur la Zad ne s’y sentent pas les bienvenues ;
– Favoriser l’auto-formation (politique, tactique, sécurité informatique, communication, …) ;
– Soutenir d’autres (espaces de) luttes.

Ce qui nous porte / sur quoi on aimerait avancer :

– Remise au centre de nos préoccupations du monde sensible, autres animaux, végétaux… humains
– Défendre la nature, dont nous faisons partie, pour ce qu’elle est, et non pour son « utilité »/sa marchandisation
– Prendre le temps d’être en connexion avec ce qui nous entoure. Se réapproprier ses rythmes de vie
– Favoriser des modes d’échanges non marchand, la gratuité/le partage, sortir des questions de rentabilité, de productivité, de méritocratie
– Favoriser les squats, les réquisitions de lieux vides, l’occupation des lieux de pouvoirs et des projets inutiles
– Remise en cause de l’appropriation des terres
– Renforcer et tisser des liens et des échanges à l’international avec d’autres luttes
– Partage/échanges de nos moyens et de nos savoirs
– Favoriser la reconversion (notamment agricole, mais pas que) vers des pratiques sans exploitation
– Créativité, humour et audace dans nos actions, ne pas se prendre (trop) au sérieux
– Imaginer d’autres moyens d’organisation pour prendre des décisions collectives que les réunions ou assemblées
– Pas de hiérarchie, pas de paternalisme, pas d’élitisme
– S’opposer aux pratiques autoritaires, notamment dans nos espaces de lutte et les visibiliser
– Pratiquer la « décroissance », lutte contre la logique de consommation et l’exploitation industrielle
– Aller vers l’autogestion, participer à construire et diffuser des pratiques autonomisantes
– Mettre en place et tenir des cadres qu’on décide de se donner ensemble
– Lutter contre l’apathie, le mépris et le conformisme ambiant
– Sortir de l’idée que choisir un mode de vie alternatif suffit. Visibiliser le système des privilèges.
– Lutter contre les oppressions et discriminations racistes, sexistes, homophobes, transphobes, spécistes, validistes, âgistes, classistes etc.
– Prôner l’anarchisme pour des bases sociales communes, considérantes, incluantes et égalitaires

Nous vous appelons à nous rejoindre :

– Physiquement, pour ceux et celles qui sont proches, ou de passage, en participant aux assemblées du lundi, en passant à l’accueil à la Grée ou à venir défendre une installation sans droits ni titre ;
– De chez vous, en nous aidant à créer ou recréer un réseau « affinitaire » plus large, en nous faisant partager vos luttes, vos idées, vos infos, vos interrogations… On s’adresse aussi à celles et ceux qui sont parti-e-s de la Zad, et avec qui on n’a pas envie de perdre le lien.

Contacts : radis-co [at] riseup [dot] net, site https://zadresist.antirep.net

Dès à présent gardons le contact, prenons contact, de prêt ou de loin.

Les radis-co

PDF joint : Radis-co.pdf

via ZADResist: https://zadresist.antirep.net/article154-Les-Radis-Co-a-la-ZAD-NDDL

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Programme de la semaine intergalactique

Programme de la semaine intergalactique

Ce programme est soumis à des changements et compléments d’ici fin août. N’oubliez pas de vous inscrire à l’avance en écrivant à : intergalaczad [at] riseup [dot] net

# toute la semaine : expo photo « territoires en bataille »
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[GR] Expulsion et démolition d’un gymnase occupé à Exarchia

Mardi dernier (le 17 juillet 2018), dans la matinée, un bulldozer a démoli un squat dans la quartier d’Exarchia, à Athènes (avec l’accord du propriétaire, bien entendu). Ce squat était le seul gymnase occupé de la ville. Personne n’a été arrêté. Les employés de chantier ont détruit le bâtiment pendant que la police anti-émeute était en alerte et bouclait le voisinage.

Le squat était occupé depuis décembre 2017, le gymnase était auparavant à l’abandon depuis une dizaine d’années… Les squatteur-euse-s y organisaient des cours d’arts martiaux (boxe, Muay Thai, taekwondo) mais aussi des ateliers de danse latine et de yoga. Le squat a aussi servi d’espace pour des débats politiques, notamment contre le système carcéral.

 

via squat.net : https://fr.squat.net/2018/07/23/athenes-grece-expulsion-et-demolition-d-un-gymnase-occupe/

 

 

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Qu’adviendra-t-il de nous

Giulia Tarquini

Et si j’adoptai la perspective de la femme d’un homme tué par la police? Une identité fictive pour décrire de l’intérieur, quoi qu’avec un regard externe, le camp d’Idomeni.

Qu’adviendra-t-il de nous?

Je suis seule. Mon mari est mort dans ces limbes infernales. Je ne peux pas y croire, après tout ce qu’on a vécu! Survivre aux bombes de la guerre, à cette mer en tempête puis trouver la mort ici! Renversé par une camionette. Absurde. Tellement absurde que je ressens le besoin de raconter notre destin, ce que j’ai vécu, ce que je vis.

Mon nom n’a pas d’importance. Je suis une histoire parmi tant d’autres qui se vivent a Idomeni. Mes journées s’enfuient entre le vent et la boue, odeurs de plastique brulé et cigarettes, rythmées par les interminables files d’attentes pour un repas, un vêtement, une tente, une visite médicale. Environ dix milles personnes partagent cette histoire avec moi, quarante pour cent sont des enfants, nous sommes pour la plupart syriens, mais il y a aussi des afghans, des irakiens, des pakistanais, et une poignées de marocains. Tous, nous avons vendu tout ce que nous possedions pour poursuivre le “rêve européen”, nous avons quittés nos proches, la guerre et les bombes pour nous retrouver ici. Bloqués depuis deux mois et demi, dans ces limbes infernales où la vie et la mort s’entremêlent constament.

Mon mari devait-il mourrait ici-même?! Je me le demande chaque jour, chaque nuit que je passe seule, dans cette tente froide qui semble prête a s’envoler à chaque bourrasque, inondée a la moindre pluie, étouffante au soleil.

La vie n’est plus une vie pour nous qui ne sommes plus que des pions, des numéros, une masse informe. Nous sommes des personnes! Chacune avec son histoire propre, originale dans son aspect tragique.

On m’a tout volé ici: mon mari, l’amour, la vie et mon argent, mon télephone, unique moyen de contact avec le monde extérieur du camp de Idomeni. Et je n’ai même pas de papiers. On me les a volés en Turquie, je ne veux pas y retourner, je veux aller en Allemagne, je veux poursuivre le rêve d’un avenir pour mes enfants!

C’est pour ça que je reste ici, le long de la frontière, attendant qu’on l’ouvre à nouveau; c’est pour mes enfants que je pense a me mettre en marche, de nuit, dans la forêt, à tenter de passer illegalement. Mais mes enfants sont petits, et je ne me sens pas d’entreprendre un périple aussi dangereux; je tremble en pensant à la police macédonienne, violente et menaçante, qui expulse ceux qui avaient réussi à passer, qu’ils n’aient marché que quelques heures ou bien plusieurs jours.

Qu’est-ce que je fais ici?! J’ai peur d’aller dans les camps militarisés qui sont en train d’ouvrir! Là bas je disparaitrais, engloutie sans que personne ne sache que j’existe, sans non plus l’echo médiatique. Ce serait comme cesser d’exister.

Je ne veux pas finir dans l’oubli comme ces familles ont disparu avec ce soi-disant docteur! Mes enfants n’iront pas grossir le marché noir des organes!

Je ne bouge pas d’ici! Mon mari ne le voudrait pas non plus!

Je pense à traverser illégalement en Albanie. Ils m’ont dit qu’il y a des gens que je peux payer (mais avec le peu qui me reste, comment pourrais-je les payer?!) pour traverser les montagnes et suivre des routes illégales vers l’est.. Ils ne peuvent pas me renvoyer en Syrie après les bombes! Tout est si nébuleux que je reste ici indécise. J’ai peur pour moi et mes enfants. Qu’adviendra-t-il de nous ?

J’ai besoin d’informations, je suis coupée du monde; je n’ai jamais vu personne du gouvernement grec; seulement la police. Ce sont eux qui on renversé mon mari, qui l’ont tué. Où est il maintenant, le policier qui conduisait en marche arrière dans l’allée principale du camp toujours pleine de monde? Où est l’état Grec? Où est l’Europe? Elle semble seulement capable de nous déporter dans des petits centres éparpillés, dans la montage, où iront disparaitre nos traces, où ces journalistes ne pourront pas entrer, où personne ne pourra plus entendre ma voix.

Tant de fois déjà j’ai tenté de suivre la procédure, de demander l’asile. J’ai fait “l’appel skype” mais personne ne répond jamais! En théorie nous ne pouvons le faire que depuis le camp, mais aucune autorité ou organisation formelle ne s’est occupé d’installer une connéxion wi-fi. C’est un groupe de militants indépendants qui a crée un emplacement internet et un point d’information a l’interieur du camp. Sans eux je n’aurais même pas pu essayer d’appeler. Nous avons une heure par semaine pour chaque nationalité pour prendre le rendez-vous et, ainsi, commencer les procédures pour faire la demande d’asile. Pour ceux qui réussissent, on leur accorde en général après un mois, un mois et demi…

Dans l’intervalle nous continuons à attendre ici, dans ces limbes infernales, privés d’autonomie, dépendants pour chaque chose.

Nous sommes des (non) personnes enfermées dans un (non) lieu de contrôle et d’isolement.

L’hivers est passé et l’été arrivera à Idomeni, avec la chaleur insupportable; les serpents sont déjà là et d’ici peu suivront les maladies et la soif.

Qu’adviendra-t-il de nous?

J’ai peur.

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