Trespass Journal

Montreuil (93): expulsion de l’Écharde en cours, venez ! Puis, rassemblement ce soir à 19h

Message reçu à 7h25 le mercredi 27 mars 2019:

Expulsion en cours à l’Écharde, 19 rue Garibaldi à Montreuil (métro Robespierre). Venez maintenant pour soutenir les habitant·e·s !

Rassemblement contre toutes les expulsions ce soir à 19h, au bout de l’avenue de la Résistance, à Montreuil (métro Croix-de-Chavaux).

squat.net

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[VIDEO] Ça commence d’un sac – Épisode 2 – La ZAD du Moulin (hiver 2019) : Prêt ? Action !

Venus de Lyon, trois gars ont débarqué un matin sur la zad, nous rencontrer, discuter, vivre notre expérience. De ce moment passé, voici le retour d’expérience en vidéo. Merci à eux

« Dans la recherche de mode de vies alternatifs, les ZADs se présentent à nous comme évidente, organisation rapide et avec le minimum jusqu’à la désobéissance citoyenne. Presque hors-système les zadistes cherchent à s’en émanciper. Pour filmer comment il se logent et se nourrissent c’est compliqué. C’est toujours un peu borderline. On va cibler ici sur leurs combats et leurs organisations. »

Via http://zaddumoulin.fr/video-ca-commence-dun-sac-episode-2-la-zad-du-moulin-hiver-2019-pret-action

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Nantes: échec d’une ouverture de lieu par les Gilets jaunes

ACTE XVI – 2 MARS À NANTES – LA TEMPÊTE QUI S’ANNONCE
5000 manifestants. Très forte répression. Une « maison du peuple » expulsée immédiatement.

Pour la première fois depuis le début du mouvement des Gilets Jaunes, la ville de Nantes accueillait une manifestation « inter-régionale », dans le sillage d’autres mobilisations à Angers, Rennes ou La Roche-sur-Yon. L’État en avait profité pour annoncer une déploiement policier « inédit ». Alors que Nantes est déjà militarisée chaque samedi, que les blessés et les arrêtés ne se comptent plus, comment cela pouvait-il être encore pire ? C’était pire. Récit d’une grosse manifestation fortement réprimée.

Bien avant le départ, des dizaines et des dizaines de contrôles, de fouilles, de vols de matériel sont commis par la police. A la gare, sur les routes qui mènent à Nantes ou sur les places du centre-ville. Le ton est donné : l’ambiance est celle d’une occupation. A 13H, des centaines de personnes se réunissent sur la place du Commerce. Un deuxième rendez-vous avait été lancé Place Viarme. Mais les rares personnes présentes se font dépouiller par la police, et finissent par rejoindre le gros de la manifestation. Dommage, car un deuxième cortège aurait permis d’investir des parcours originaux. Résultat, toutes les forces de l’ordre se concentrent sur le rassemblement dans l’hyper-centre.

Après à peine 5 minutes de marche : un déluge de grenades lacrymogènes. Le cortège qui s’apprêtait tranquillement à remonter vers la place Graslin est attaqué par une ligne de gendarmes mobiles. Visiblement, toute tentative de sortir des grands axes contrôlés par la police sera empêché. Les premières lignes ne se découragent pas. Deuxième tentative pour passer : même scénario. Des manifestants jettent des fruits et des poissons périmés ramassés sur le marché de la Petite Hollande. Affrontements au corps à corps. Le message est clair : « retournez sur l’habituel cours des 50 Otages, où la répression sera implacable ». Heureusement, une première ligne équipée de banderoles poétiques protège le défilé.

Demi tour vers le château, où la police lance à nouveau l’assaut. Le périmètre « autorisé » pour défiler se limite donc à quelques centaines de mètres seulement : de Commerce au Château. Les 5000 manifestants présents, venus de tout le grand ouest, seront systématiquement attaqués au cours de l’après-midi. La manifestation est donc interdite de fait.

En plus des centaines de policiers en armure, une escouade de civils, tous cagoulés et armés, vient sans cesse au contact. Ce « Détachement d’Action Rapide », créé par Castaner et composé de Brigades Anti Criminalité et de BRI, est d’une violence extrême. Et terriblement nombreux. Plus encore que lors des plus grosses mobilisations anti-aéroport. L’objectif est clairement d’empêcher toute expression contestataire, puisqu’une charge monumentale est lancée à Bouffay, avec des dizaines de grenades explosives pour … voler les banderoles ! Plusieurs blessés sont à déplorer. Des journalistes, y compris de la presse locale, sont menacés. Mais les silhouettes noires repartent en meute, satisfaites, avec leurs trophées.

Le cortège est scindé en deux, et des affrontements éclatent devant la préfecture et sur le Cours Saint-Pierre. A plusieurs reprises, des lignes de CRS sont repoussées, et ont un recours massif aux gaz lacrymogène. Insolite : des balles de tennis atterrissent sur les boucliers. Un échange est entendu au sein d’une unité : « vous pouvez tirer autant que vous voulez ». On se demande si les commandes faramineuses de grenades faites par Macron au début du mandat ne vont pas, tout de même, s’épuiser prématurément.

Devant la préfecture, des canons à eau arrosent longuement les premières lignes, protégées par des parapluies. Nouvelle charge de la BAC avec beaucoup de blessés. L’avant du cortège tentera de sortir de cette nasse mobile et anxiogène, mais sera repoussée par les gendarmes mobiles. Il y aura de nouveaux affrontements au CHU, où des jets de cocktails molotov sont aperçus. Des street medics sont tabassés sur la ligne de tram. Les effectifs de police paraissent trop nombreux et en roue libre, les lignes de différentes unités se superposent, et parfois se gazent par erreur. A Bouffay, nouvelle confrontation au corps à corps.

Mais l’enjeu est ailleurs : il s’agit d’ouvrir d’un lieu pour servir de QG aux Gilets Jaunes. Quelques centaines de personnes pénètrent dans le quartier des Olivettes. Alors que le cortège n’est plus qu’à quelques dizaines de mètres du bâtiment ouvert, le bruit court que les éclaireurs ont déjà été arrêtés. A peine ouvert, le lieu est déjà expulsé. La BRI est dans le bâtiment. Elle rudoie les personnes à l’intérieur, casse des portables, insulte une militante. La détermination pourtant élevée vient de prendre un coup. Dans la rue, des policiers en tenue de ninja tirent une grenade de désencerclement pour évacuer la foule qui stagne devant le bâtiment.

Les manifestants restants retournent à la croisée des trams, entourent les camions de CRS. La police reste omniprésente et la confusion est grande. Dans ce contexte, un manifestant reçoit un tir de balle en caoutchouc dans le visage avant d’être arrêté alors qu’il est traîné presque inconscient vers le CHU. Il sera emmené au commissariat malgré sa blessure. D’autres personnes sont touchées et arrêtées, notamment un manifestant qui s’écroule après avoir reçu un tir dans le dos.

La nuit tombe, les rues retrouvent leur calme, les camions de CRS continueront de sillonner la ville jusque tard dans la nuit. 15 personnes ont été arrêtées. La répression a remporté la partie. Pour cette fois.

Pour l’Acte 17, il s’agira de sortir du centre-ville et de reprendre les ronds points pour bloquer l’économie, comme au début du mouvement des Gilets Jaunes. Et la semaine suivant, pour l’Acte 18, la France envahit Paris.

D’ici là, restons déter’ et solidaires.

Nantes Révoltée

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GCO : Une lutte locale inscrite dans une lutte globale, hommage aux acteurs…

Merci à celles et ceux qui se battent pour sauver la forêt du Krittwald au Nord de Strasbourg à Vendenheim, face au rouleau compresseur de VINCI et au mépris de l’état et des gendarmes.

Le Grand contournement Ouest de Strasbourg (ou GCO), en plus d’être un couloir à camion qui s’inscrit totalement dans la logique néolibérale qui détruit l’environnement, est un désastre écologique à l’échelle locale.
La forêt de Vendenheim ne cesse d’être grignotée, à l’automne sur l’emprise Vinci, et depuis le 21 janvier, sur l’emprise Sanef. Les militant.e.s mobilisé.e.s agissent avec les moyens qu’ils ont, mais face aux gendarmes mobiles, avec leurs 4×4, leurs motocross, et leurs armes, le combat est inégal.
« Nous, nous n’avons que nos têtes », disait Marion face à eux (en parlant des forces de l’ordre, en décembre dernier). Tant de cours loupés, tant de journées de travail non réalisées, tant de journées de retraite passées sur le tracé du GCO à militer. Cet engagement est profondément juste, merci d’avoir cette conviction, ce monde changera, vous êtes les résistants et les résistantes.

Quoi qu’il advienne, nous sommes là et bien là ! Que cela soit ici ou ailleurs, à la fin, c’est nous qui gagnerons. Il ne peut pas en être autrement, car si nous n’y parvenons pas, cela voudra dire que mère nature aura perdu la vie. Nous ne pouvons pas l’accepter ! … Et le « NOUS », c’est ‘nous’ ici, mais c’est aussi le ‘nous’ d’ailleurs, sur d’autres points de lutte… ZAD vaincra !

#GCOnonMerci
#ForêtduKrittwald
#Grandprojetinutile
#VinciDegage
#SanefDegage

Défendre le Krittwald…

 

via http://zaddumoulin.fr/gco-une-lutte-locale-inscrite-dans-une-lutte-globale-hommage-aux-acteurs

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L’écharde est expulsable, mais c’est pas au programme

L’écharde est expulsable depuis le 4 janvier, mais les nombreuses activités continuent ! Le bar, l’assemblée, l’épinoche, ainsi que des soirées de soutien auront lieu en janvier et février. Pour être au courant si les flics tentent l’expulsion, envoyez un SMS au 07.54.21.44.57. Si ils réussissent, rendez-vous 19h, Croix de Chavaux au bout de l’Avenue de la Résistance en solidarité contre toutes les expulsions !!

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Tract

L’ECHARDE EST EXPULSABLE !

Depuis le 4 janvier dernier, l’Écharde est expulsable. L’Écharde, c’est un squat (habité) d’auto-organisation et d’activités politiques, ouvert début octobre 2018 à Montreuil. Il permet à différents collectifs de se réunir, de se construire, de s’organiser et de proposer des événements de soutien.
C’est l’État, par le biais de l’EPFIF (Établissement Public Foncier de la Région Île-de-France) qui est propriétaire de ce bâtiment. Sous couvert de faire baisser les prix du foncier et de favoriser la production de logements, cet établissement public rachète des terrains et des bâtiments en banlieue parisienne pour les revendre ensuite à des spéculateurs. Il nous a assigné au tribunal et le verdict est tombé début janvier : les occupant.e.s ne bénéficient d’aucun délai, l’expulsion peut arriver à tout moment.

Comme dans de nombreuses autres villes, des immeubles sont laissés vides à Montreuil et leurs propriétaires attendent que les loyers augmentent pour les revendre ou reconstruire des logements plus chers. Cette spéculation immobilière repousse les plus précaires toujours plus loin des centres-villes au profit d’habitant.e.s plus riches. Le projet du Grand Paris accompagne ce phénomène en rendant plus attractives les villes de la petite ceinture, notamment avec l’arrivée du métro. Pour celles et ceux qui peuvent acheter des immeubles, c’est une occasion en or pour faire du profit, mais pour les autres, les habitant.e.s de ces quartiers, il va falloir déménager. Tant que des propriétaires, parce qu’ils en ont hérité ou parce qu’ils ont de l’argent pour se payer des immeubles, pourront exploiter les plus pauvres en leur faisant payer un loyer, le logement restera un privilège. Pour de nombreuses personnes, le squat est le seul moyen de se loger, que ce soit parce qu’elles n’ont pas les bons papiers ou parce qu’elles n’ont pas assez d’argent et doivent attendre 10 ans pour obtenir un logement social. Pour nous, le squat est aussi un moyen pour lutter contre l’enrichissement de celles et ceux qui se font de la thune sur le dos des autres, il permet d’avoir de l’espace pour vivre au quotidien et contribuer aux luttes en cours.

À Montreuil, les expulsions se multiplient et ont lieu le plus souvent dès qu’une occupation est constatée. Ces expulsions s’inscrivent dans le cadre d’une politique de la Mairie qui favorise l’installation des populations les plus aisées au détriment des plus pauvres, par exemple :
– les places sont réaménagées pour empêcher les personnes jugées indésirables de s’y maintenir trop longtemps,
– la décision d’équiper de caméras la rue de Paris et ses abords vise à contrôler les personnes qui y passent et à cibler les comportements jugés déviants.
– L’expulsion récente du foyer bara, la multiplication des magasins bio, les immeubles en constructions, montrent bien ce que Montreuil doit devenir dans la tête des aménageurs, de l’équipe municipale et des nouveaux et nouvelles habitant.e.s : une ville asceptisée, remplie de caméras, aux prix inabordables.
– l’accueil d’artistes qui rendent le quartier attractif pour les cadres . À ce titre, des bâtiments vides ou des friches industrielles peuvent être louées à des collectifs artistiques et culturels, notamment à travers des conventions d’occupation ou des baux précaires, afin d’éviter que des populations indésirables n’y habitent. C’est ce qui s’est passé au 19 rue Garibaldi. En 2015, après l’expulsion d’un collectif de migrants qui s’était installé dans le bâtiment, c’est finalement aux artistes du Jardin d’Alice que les pouvoirs publics ont laissé les lieux. Cela coûte moins cher pour les propriétaires que de payer des vigiles, et cela permet à la Mairie de montrer combien la ville de Montreuil est « alternative » et « culturelle ».
L’expulsion programmée de l’Écharde s’inscrit dans cette politique qui favorise la spéculation au détriment du logement.


Si tu veux être tenu.e au courant le jour de l’expulsion, ajoute-toi à la liste d’urgence en envoyant un texto au 07·54·21·44·57.Le soir-même de l’expulsion, rendez-vous à 19h au métro Croix de Chavaux (Montreuil) au bout de l’Avenue de la Résistance en solidarité et contre toutes les expulsions !

Programme :

Jeudi 17 janvier 18 h : Bar à Thym.

Pour discuter, se procurer et soutenir l’impression d’avis de tempêtes, bulletin anarchiste pour la guerre sociale

Samedi 19 janvier 20 h : Autour des récents massacres au tchad .

Discussion pour s’organiser contre le pouvoir tchadien et son meilleur allié, la France

Mercredi 23 Janvier , 18 h 30 : Assemblée – discussion Contre les centres de rétentions

Dans au moins trois centres, Oissel, Vincennes et le Mesnil-Amelot
des retenus sont en lutte contre leur expulsion et les violences
policières .

Jeudi 24 janvier 18 h : Bar -Botage

En soutien aux pieds dans le plats, espace collectif où ce programme, comme d’autres tracts, affiches et brochures est imprimé. Il accueille aussi réunions, cantines et activités sportives.

Vendredi 25 janvier 19 h : Tout.e le monde déteste les contrôleurs

Cantine , Karaoké et Présentation d’un collectif en lutte contre le contrôle dans et autour des transports en commun.
Retrouvons-nous pour organiser la solidarité .

Jeudi 31 janvier 18 h : on s’bar pas

Contre toutes les expulsions, en solidarité avec l’écharde !

Samedi 2 février 18 h : Soirée de soutien au comité de soutien aux activistes antispécistes

Soirée de soutien aux activistes antispécistes du CSAA

Le CSAA organise une soirée de soutien aux activistes antispécistes autonomes qui font face à la répression. Retrouvons-nous à L’Écharde (Montreuil) le Samedi 2 Février !

Samedi 16 février : Soirée de soutien au Brise – glace

C’est un projet de bar associatif qui ouvrira en proche banlieue afin d’avoir un lieu qui tienne dans le temps où faire des évènements ( soirée de soutien, concert, repas, projection , etc …)

Tract A5 :

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Caen. Une assemblée de Gilets Jaunes se tient dans un squat de migrants

Des Gilets Jaunes caennais nous envoient ce récit. Il date du 22 décembre. S’il s’en est passée de belles depuis, cette journée caennaise nous semblait particulièrement intéressante pour être retranscrite ici. Entre assemblée d’organisation et porosité avec les réseaux de solidarité aux migrants, ces initiatives viennent donner une texture prometteuse au mouvement des Gilets Jaunes.

 

Lu sur Rouen dans la Rue

« L’Etat ne permet pas nos assemblées générales alors ce sont les migrants qui nous accueillent ici »

Ah ! Pas loin de 400 personnes se sont retrouvées au squat du Marais vendredi 22 décembre. Ce squat il s’est ouvert pendant la lutte des cheminots au printemps dernier, il fait bien 50000m² et plus de 200 personnes y vivent. Il s’est ouvert pour les sans-papiers et pour la convergence des luttes. Il trouve ici une application bien concrète. Les demandes de salle pour la réunion ont été refusées tant et si bien que comme le rappelle une personne, d’entrée de cette AG, « l’Etat ne permet pas nos AG alors ce sont les migrants qui nous accueillent ici. » Ce retournement est accueilli sous les bravos et les quelques fachos ronchonnent de se voir mis à l’amende.

Il fallait bien ce squat énorme pour que cette AG puisse se tenir. Avant 20h le défilé des voitures n’en finit pas d’impressionner, on aurait jamais cru qu’il y aurait tant de monde. Tout le monde avait un peu baissé la tête le week-end dernier, quand sous la pluie gelée et les forces policières nous étions complètement désorganisés et impuissants. Là on sent que c’est loin d’être fini, qu’il y a de la revanche dans l’air. On est à 3 jours de Noël et les gilets jaunes entendent le passer à continuer à tisser les liens dans cette nouvelle famille. Dans un des hangars du Marais, c’est une de ces « AG de ville » tant espérée par les mouvements sociaux qui prend forme, envoyant balader encore une fois les schémas habituels. Des gens sont venus des villes alentours pour prendre le pouls et chacun constatant le nombre il y a déjà là quelque chose d’une victoire.

D’un niveau 1 : action pacifique sans risque à un niveau 4 : « Vous voulez faire usage de la force ? On vous attend ! »

Les discours reprennent à la volée, l’importance du R.I.C, ou combien il nous enfermerait. Mais ce qui revient le plus c’est ce qui tourne autour de l’action. Il faut que cette AG soit suivie d’une action et il faut que demain marque encore les esprits. Alors on s’organise. Les actions doivent être nivelées pour que chacun puisse s’y retrouver et qu’on oppose surtout pas les degrés de conflit. D’un niveau 1 : action pacifique sans risque à un niveau 4 : « Vous voulez faire usage de la force ? On vous attend ! », on établit ainsi le périmètre des actions pour les heures à venir. Des commissions sont décidées, s’y inscrit qui veut et une nouvelle AG est programmée pour la semaine suivante.

À présent on part de l’AG pour reprendre un rond point qui fut l’emblème du début de mouvement à Caen, le rond point bleu d’Ifs. Érigé au dessus du périphérique il est un des points d’entrée au sud de la ville et il est situé dans une zone d’activité. Les premiers jours du mouvement il était complètement occupé par des centaines de personnes qui évidement sont vite descendues s’installer aussi sur le périph. Ainsi pendant 2 jours entiers, le périph était fermé à cet endroit et jalonné sur 500m de feux constants, de barricades, de cabanes etc. La nuit et la fête faisant sont œuvre, les gendarmes après plusieurs échecs sont parvenus à le reprendre un petit matin sans autres oppositions que quelques gilets fatigués. Ce vendredi soir il est repris par 200 personnes. Les feux s’installent, les flics repartent après avoir exigé que le périph ne soit pas investi. Dans la nuit bien sur, le périph est investi.

via Revolution Permanente http://www.revolutionpermanente.fr/Caen-Une-assemblee-de-Gilets-Jaunes-se-tient-dans-un-squat-de-migrants

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Tissons des solidarités face au droit de propriété ! Squatsolutions et Camelot Europe, une histoire de capitalisme urbain

Si tu possèdes un bien immobilier (un studio, un appartement, un atelier) et que tu le laisses vide parce que « dans quelques années je pourrai le vendre/louer plus cher », ou parce que « je n’ai pas le temps de m’en occuper » ou bien car « c’est compliqué, on n’arrive pas à trouver une solution avec les autres co-propriétaires », il est possible qu’entre-temps des galérien.ne.s y trouvent un abri.

Il arrive souvent que pendant des années des appartements, voire des immeubles entiers, soient laissés vides par leurs propriétaires. C’est à ce moment là que les « junkies » (comme le chef de Squatsolutions aime les définir) entrent en action. Ce sont des migrant.e.s, des chômeu.se.r.s, des précaires, des travailleu.r.se.s, des personnes seules ou avec famille, qui n’ont pas les bons papiers, les bons dossiers pour l’agence immobilière et/ou pas assez d’argent pour payer des loyers désormais exorbitants.

Au fil des années, des agences sont nées pour faire face au « problème » des squatteurs et des squatteuses. Aujourd’hui, les plus connues sont Camelot Europe et Squatsolutions.

Qui est-ce ?

Squatsolutions [https://squatsolutions.com/] se définit comme « leader européen spécialisé dans le rachat de biens en situation complexe ou problématique ». Ils rachètent tout bien immobilier squatté en l’état AVEC les occupant.e.s sans ni droit ni titre. Ils s’occupent aussi de gérer les indivisions conflictuelles.
Yan Collet, le responsable acquisition, a plusieurs collaborateurs : des notaires, des avocats (dont maître Raphaël Richemond et maître Grégory Cherqui), des huissiers de justice (dont maître Alleno), la police nationale, la police municipale, des mairies, des généalogistes, des syndics de copropriété et des pompes funèbres. De plus, des agences immobilières des régions PACA, Auvergne-Rhône-Alpes et Île-de-France lui envoient des dossiers immobiliers placés dans des « situations complexes ».
Squatsolutions travaille uniquement en France.

– De l’autre coté, Camelot Europe [https://fr.cameloteurope.com/] est un spécialiste de biens vacants au niveau international. Ce promoteur permet aux propriétaires de louer leurs locaux temporairement vacants pour pas cher, mais avec plein de contraintes pour les locataires : pas d’animaux, pas de tabac, pas d’enfants, pas de fêtes, pas plus de 18 mois d’occupation. Et un bon nombre d’obligations aussi : signaler tout dysfonctionnement ou toute intrusion illégale, respecter le règlement intérieur, etc. Des visites de contrôle sont prévues tous les mois pour vérifier le bon état du bâtiment. Leur objectif est de surveiller et protéger les biens de leurs clients afin d’éviter que des gens les occupent illégalement. Avec cette démarche, ils permettent de créer de la plus-value sur les biens immobiliers. Leur slogan est « protection par occupation » (bleah !). Ils travaillent aux Pays-Bas (où ça a été créé, en 1993), en France, en Belgique, en Finlande, en Angleterre, en Irlande et en Allemagne.

Comment ca marche ?

Squatsolutions. Après avoir compris qui sont les occupant.e.s, ils commencent des procédures judiciaires pour les expulser. Lors des procès, l’avocat de la boîte cherche à faire condamner les occupant.e.s à indemniser les propriétaires, mais souvent c’est des gens qui ne peuvent pas payer. Ils se chargent aussi de l’obtention de tous les diagnostics indispensables en vue de la signature du compromis de vente.

Camelot Europe. L’agence s’occupe de trouver des résident.e.s temporaires pour les immeubles à louer selon des critères de sélection très stricts. L’offre de résidence temporaire s’adresse à un public cible de travailleurs et travailleuses de tous âges, avec une préférence pour les célibataires. Pour vérifier la fiabilité des postulant.e.s, il y a un entretien où il faut fournir les documents originaux.

Tout ça c’est dégueulasse !

Une autre histoire de chasse aux pauvres et de capitalisme urbain

Si on regardait les choses du point de vue de celles et ceux qui galèrent pour s’abriter plutôt que du point de vue des promoteurs et des pouvoirs publics qui livrent la ville au capitalisme urbain, l’histoire serait racontée d’une autre manière. Dans les faits, les inégalités sont criantes.

Parce qu’ils/elles ont besoin d’un endroit où se loger, les squatteurs/squatteuses essayent de s’installer dans un bien qui est laissé vide par son/sa propriétaire. Souvent, ces mêmes squatteurs/squatteuses ne peuvent pas accéder aux logements sociaux ou aux aides de l’État car ils/elles n’ont pas le bon bout de papier, ils/elles ne remplissent pas tous les critères requis, ou bien parce qu’il n’y a pas assez de place pour loger tout le monde. Et à cause de ce système qui défend le droit de propriété et qui préfère spéculer plutôt que donner un toit à tout le monde, les squatteurs/squatteuses sont le plus souvent expulsé.e.s par la police sans aucune proposition sérieuse de relogement.

Parmi les occupant.e.s des bâtiments vides, certain.e.s squattent non seulement pour des raisons économiques mais aussi par choix politique, pour contrer la spéculation urbaine, pour faire vivre des espaces laissés à l’abandon et pour créer des dynamiques collectives hors du cadre institutionnel. Eux et elles aussi subissent le même traitement.

Face à cela, le squat nous apparaît comme légitime, voire salutaire. Tandis que la possession de (plusieurs) biens immobiliers inoccupés (murés, surveillés, gardiennés) pendant des mois et des années nous semble, elle, ignoble et illégitime, comme toute forme de spéculation.

Au lieu d’essayer d’empêcher tout type d’occupation illégale, il vaudrait mieux réfléchir aux problèmes sociaux existants et à la remise en question du modèle capitaliste et égoïste qui caractérise notre société.

Les entreprises comme Squatsolutions et Camelot Europe font du profit sur la galère des gens et encouragent l’affaiblissement des solidarités entre les personnes.

Il pourrait donc être intéressant de faire signe à ces entreprises cupides, juste pour leur rappeler qu’il ne suffit pas d’expulser les gens pour s’en débarrasser…

Le cabinet de l’huissier Alexandre Alleno se trouve au 39 avenue du président Wilson, 93100, Montreuil.
Celui des avocats Richemond et Cherqui se trouve au 15 rue de Lubeck, 75116, Paris.
L’adresse postale de Camelot Europe se trouve au 46 rue de l’Echiquier, 75010, Paris.

Tissons des solidarités dans les quartiers et ne nous laissons pas faire !

Si le jeu c’est la chasse aux pauvres, nous ne voulons pas jouer avec vous. La seule chasse qui nous plaît, c’est la chasse aux maisons vides !

[Version PDF à télécharger sur squat.net, tract de 4 pages A5.]

 

via Paris-luttes https://paris-luttes.info/tissons-des-solidarites-face-au-11364?lang=fr

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ZAD: 17 janvier – on se retrouve à Lama

17 janvier : on se retrouve à Lama

Le 17 janvier va être un an depuis l’abandon de l’aéroport. Ce jour où on a appris que ce territoire qu’on a défendu toutes ces années ne va finalement pas finir sous une grosse couche de béton. Ce jour où on a vu les efforts d’un mouvement aussi divers que déterminé finir avec une victoire, partielle certes, mais quand même.

L’année qui a suivi cette date a été lourde : expulsions, répression, divisions au sein du mouvement, des départs des camarades. Ces défaites sont venu entacher cette victoire.

Mais on ne va quand même pas laisser cette date passer dans l’oubli ! On vous invite à un goûter à Lama Fâchée à partir de 16h. Il y aura un bar avec des boissons chaudes, des pizzas ou des galettes, de la musique, de la peinture pour décorer la route, la mise en place d’un lama géant, et tout ce que vous voulez partager. Donc amenez vos gâteaux, vos instruments, vos histoires, vos idées, vos tristesses et vos joies.

Retrouvez-nous le 17 janvier à Lama Fâchée (la croisée des routes D281 et des Fosses Noires sur la zad) à 16h

https://zad.nadir.org/spip.php?article6287

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Isoler le noyau Bure

La lutte contre Cigéo, le projet d’enfouissement de déchets nucléaires à Bure, dans la Meuse, fait face depuis quelques mois à une répression d’une ampleur et d’une intensité rares. D’ailleurs, l’un des chefs d’inculpation les plus vagues et malléables du code pénal, l’association de malfaiteurs, vient d’être ajouté à un éventail de mesures répressives assez inouï appliqué à cette lutte (moyens de renseignements très importants mis en place, dizaines d’interpellations, perquisitions à répétition, interdictions de territoire).

En effet, alors que selon les textes ce qui constitue l’association de malfaiteurs est « tout groupement formé ou entente établie en vue de la préparation, caractérisée par un ou plusieurs faits matériels, d’un ou plusieurs crimes ou d’un ou plusieurs délits punis d’au moins cinq ans d’emprisonnement », il n’est nulle part défini ce qu’il faut entendre par groupement ou entente. Par ailleurs, le groupe n’a besoin d’être ni très organisé, ni structuré, ni hiérarchisé ou même constitué d’un nombre important de personnes. C’est au juge qu’il revient au final de caractériser précisément l’existence du groupement… avec toute la latitude que cela implique. Comme pour bien signifier qu’une lutte dans son entier peut maintenant être considérée non plus comme un processus collectif, mais comme une entreprise criminelle. Afin de mieux comprendre le développement de cette affaire, voici une chronologie (partielle) des événements-clés de cette période :

21 juin 2017 : Quelques personnes s’introduisent dans le hall de l’hôtel-restaurant de l’Andra (Agence nationale pour la gestion des déchets radioactifs). Des dégâts matériels sont causés. Un départ de feu est très rapidement éteint par un employé.

Juillet 2017 : Ouverture de l’information judiciaire pour association de malfaiteurs.

15 août 2017 : Manifestation d’environ 800 personnes à Bure contre le projet d’enfouissement de déchets nucléaires. Une forte répression cause au moins 6 blessés grave dont Robin, qui a le pied déchiqueté par une grenade GLI F4.

20 septembre 2017 : Première vague de perquisitions par 150 policiers dans cinq domiciles d’opposants au projet, dont la Maison de la Résistance.

Janvier-février 2018 : Premiers procès.

22 février 2018 : Opération d’ampleur dans le Bois Lejuc, une parcelle forestière occupée depuis l’été 2016. Plus de 500 policiers et CRS expulsent les quelques dizaines de personnes vivant dans des cabanes.

16 juin 2018 : Manifestation à Bar-le-Duc « contre la poubelle nucléaire ».

20 juin 2018 : Deuxième vague de perquisitions dans 11 domiciles (collectifs ou non) d’opposants au projet. Dix interpellations, dont huit donnent lieu à des gardes à vue, et deux à des auditions libres.

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J. participe à la lutte à Bure depuis plusieurs années. Il est l’un des mis en examen pour association de malfaiteurs et nous décrit la généalogie de cette construction judiciaire et ce qu’elle révèle de la situation actuelle.

Zadibao : Est-ce que tu peux résumer la situation à Bure ?

J : Il faut revenir sur un moment-clé, le 21 juin 2017, avec le départ de feu le hall de l’hôtel-restaurant de l’Andra. Ça a déclenché tout un ramdam médiatique sur le thème : « Bure va trop loin »… Et là, une information judiciaire [une enquête menée par un juge d’instruction] s’est ouverte en même temps que des sénateurs ont appelé à ce qu’il y ait un escadron de gendarmerie mobile en permanence à Bure. Tout le dispositif s’est mis en place avec une rapidité effarante. Comme s’il ne manquait que l’événement qui faisait que l’association de malfaiteurs pouvait avoir lieu.

Immédiatement après ça, il a été très difficile de se déplacer dans le coin, de pouvoir aller d’une maison à l’autre, de sortir de chez soi sans avoir systématiquement un camion de gendarmes mobiles devant la porte ou une surveillance caméra. Dès que des gens sortaient de chez eux, c’était contrôle d’identité systématique ou filature tout le long de leur déplacement.

Et puis, il y a eu la manifestation du 15 août, pendant et après laquelle il y a eu une répression très forte, avec notamment la blessure au pied très grave de Robin. Ça, et la pression que mettait l’escadron de gendarmerie mobile en permanence, ont fait que beaucoup de gens sont partis de Bure à ce moment-là. C’est lorsqu’il y a eu la première série de perquisitions le 20 septembre, qu’il s’est avéré que l’on était passés sous le « régime » de l’association de malfaiteurs. C’est ce qu’on a vu sur la commission rogatoire qui justifiait les perquisitions.

Donc, on a ce premier acte qui sert à recueillir des pièces à conviction, saisir tout ce qu’il est possible de saisir. Parce que bien entendu, maintenant que l’association est ouverte, il faut la construire, il faut qu’il y ait quelque chose dedans. Et parallèlement, le harcèlement policier continue, et il y a aussi toute une vague d’auditions libres des anciens de la lutte, qui ne sont pas auditionnés spécifiquement sur des faits, mais plus sur une implication dans la lutte. Et surtout, tous les gens qui ont été arrêtés sur la période de fin d’année 2017 vont se retrouver en procès dans les six mois qui suivent, c’est-à-dire au début de l’année 2018. Tout le caractère policier de harcèlement quotidien et de fichage se transforme ainsi en judiciarisation, avec notamment beaucoup d’interdictions de territoire… En février, l’expulsion du Bois Lejuc « justifie » encore des outrages et une vague impressionnante de procès, où vingt personnes sont traduites en justice rien que pour l’expulsion, avec une fois de plus des interdictions de territoire à la pelle.

Aujourd’hui, la situation est celle d’une forte répression. Le pivot a été la manifestation de Bar-le-Duc le 16 juin 2018, où il y avait un peu un regain d’énergie. On s’était dit : « on sort de Bure », parce que là ça commençait à être compliqué sur place. La manifestation a été mise sous très haute surveillance, avec beaucoup de fichage, mais très peu d’arrestations (il est probable que tout ce recueil d’informations soit versé au dossier par la suite). Et trois jours après, on a une deuxième vague de perquisitions : 14 perquisitions, dont la Maison de Résistance à nouveau et un certain nombre de domiciles privés. C’est là que cinq d’entre nous sont mis en examen, ainsi que trois personnes en témoins assistés : Etienne Ambroselli, l’avocat de la lutte, une personne très engagée sur la lutte depuis une vingtaine d’années au sein d’une association, et une dernière personne, qui, elle, sera mise hors de cause.

À partir de là, les contrôles judiciaires sont mis en place et cela signifie que du jour au lendemain, un certain nombre des personnes très investies dans la lutte ne peuvent plus entrer en contact, se voir, ne peuvent plus être ensemble dans une réunion. Et évidemment, on n’est pas innombrables : tu retires cinq à dix personnes des plus impliquées sur le terrain, les plus constantes, tu leur interdis de se voir, tu leur interdis d’aller sur le terrain, et tu as effectivement engagé une paralysie de la lutte. Et si tu ajoutes à ça un écrémage progressif des militants sur le terrain, et bien tu évides une lutte en moins de deux.

Aujourd’hui, il y a près de 30 interdictions de territoire, et sept personnes mises en examen. Elles ont été arrêtées chez elles avec des gardes à vue très difficiles, car on voit bien une volonté de faire craquer les gens. Il y a un travail important qui est fait lors des auditions pour provoquer des dissociations, parce que ce qui a été un des points forts de la lutte à Bure, c’est qu’il n’y a jamais eu de dissociations officielles d’aucune des parties de la lutte. Il y a toujours eu une solidarité contre la répression et contre ce qui nous tombait dessus qui était assez tenace, même lorsque cela devenait difficile de tenir. Sauf qu’on est arrivés à un point sur les auditions où des personnes des associations sont mises devant le choix de se dissocier, d’abandonner la lutte ou d’être complices d’une association de malfaiteurs. Il devient donc extrêmement difficile de résister sans s’ajouter à la liste des suspects qui tombent sous l’association de malfaiteurs. Pourtant il y a eu, malgré cette pression et cette intimidation importantes, encore résistance sur ce coup-là. Mais il n’est pas exclu que ça change dans les prochains mois avec les éléments qui sont sortis, qui se sont ajoutés, avec la surveillance systématique, l’utilisation de tout le fichage qui a été fait sur la durée, et l’utilisation des conflits internes lors des auditions pour essayer de faire craquer les différentes positions unitaires. « On sait que vous n’êtes pas d’accord, on sait que vous, ce jour-là, vous n’étiez plutôt pas partant pour faire ça ».

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Zadibao : On entend souvent que ce qui se passe à Bure est un peu un laboratoire de la répression. Comment vois-tu cela ?

J : Je pense que pour les services de renseignement, comprendre comment nos luttes fonctionnent c’était beaucoup plus facile à Bure qu’à NDDL. Donc je pense que Bure sert non seulement de laboratoire et d’expérimentation sur la répression, mais est en plus un endroit formidable pour obtenir les modes et outils de fonctionnement d’une lutte, telles que s’organisent nos luttes aujourd’hui. Pour moi, c’est évident dans les saisies massives de matériel, l’analyse systématique de tous nos supports informatiques (c’est près de 60 ordis, une centaine de téléphones qui ont été saisis lors d’une vingtaine de perquisitions). Je pense que cela a avant tout pour but d’analyser nos modes d’organisation, les réseaux qu’on constitue, etc. On voit ça aussi à travers les énormes arbres téléphoniques de connaissances qui sont produits dans des dossiers qu’on a pu voir (pas ceux de l’instruction parce que je ne peux pas en parler trop dans le détail, mais ceux qui ont été produits parmi les nombreux dossiers jugés au tribunal dans les mois précédents) : on voit des morceaux de ce gigantesque travail transversal par les services de renseignement et d’investigation de recueil de tous les contacts, de tous les modes de fonctionnement des structures autogérées (auto-média, legal team, medical team). Tout est épluché : tous nos comptes, toutes les structures légales. Il y a ainsi eu des réquisitions sur toutes les entités juridiques pour voir comment elles sont organisées, qui est derrière, qui a son nom, qui est qui. Il y a également eu des réquisitions systématiques des identités de tous les gens qui ont manifesté à Bure. C’est-à-dire que sur une manif de 400 personnes, il y a 400 noms et prénoms dans les dossiers, s’ils avaient leur téléphone sur eux. Et à partir de là, il y a un outil informatique qui compile tout ça, qui en déduit des arbres de connaissances : « ça c’est le groupe de connaissances de Nancy, ça c’est le groupe de connaissances des gens qui sont autour du NPA, ça c’est le groupe de connaissances autour des associations contre Cigéo, ça c’est le groupe de connaissances des gens à Bure ». C’est du massive data : ça permet de déduire le fonctionnement en réseau, d’essayer de deviner comment fonctionne ce réseau de luttes. Il y a vraiment un laboratoire à ce niveau-là.

Par ailleurs, je pense que l’on voit l’expérimentation de moyens technologiques qui sont quand même pointus, comme des voitures qui se baladent avec des antennes de captation, qui étaient jusque-là réservés à des dossiers comme celui de Tarnac ou d’autres dossiers d’anti-terrorisme. Et à mon avis, il y a pas mal de choses qui ont été mises en place dont on ne connaît qu’une partie. Jusqu’à présent, c’était plus concentré sur des groupes autonomes, ou des groupes militants « radicaux », mais déployer ces outils sur une lutte tout entière, ça, c’est inédit.

Et puis, il y a aussi la concentration de toutes les affaires et de tous les types d’affaires sur un tout petit tribunal, celui de Bar-le-Duc. Que ce soient les affaires courantes de Bure, que ce soit l’instruction, ou autre, le même juge peut siéger pour tout. C’est comme le procureur qui commande à la police, instruit les dossiers de flagrance et les enquêtes préliminaires, et qui siège et requiert au tribunal. Il y a aussi quelque chose d’assez inédit là-dedans. Et je pense que toutes les luttes un peu isolées dans des secteurs plus ruraux ont des risques de se retrouver dans cette configuration. Je pense notamment à l’Amassada, parce que je pense qu’on est l’expérimentation de ce que l’Amassada commence à connaître. Je crains qu’ils soient les suivants et que nous, on serve de test pour voir ce que l’on peut leur appliquer derrière.

Zadibao : Et qu’est-ce que ça veut dire au quotidien d’être sous le coup d’une judiciarisation pareille ?

J : C’est spécial, parce que généralement, dans un dossier où on fait partie d’un groupe poursuivi pour des actions spécifiques, ça se restreint au périmètre de ce groupe. Mais là, notre instruction et notre contrôle judiciaire épousent les contours géographiques d’un territoire, donc on est sous contrôle judiciaire, on est sous surveillance et on est sous pression tant qu’on est dans ces limites territoriales. On est sous oppression permanente. Les gendarmes sont partout dans le territoire, ils savent tous qui on est, quel que soit l’endroit où on se trouve. Sur sept personnes mises en examen, il y en a six qui habitent le département ou sont riverains du département, avec des amis en commun, des lieux en commun, des lieux de lutte, des lieux de convivialité, etc. Ça veut dire qu’on est susceptibles de se croiser à peu près n’importe où. Et comme on a des profils très différents, ça touche plein de réseaux différents. Ce qui fait qu’on se retrouve paralysés : même si on voulait s’investir sur un autre champ militant, on ne peut pas, puisque ça ne touche pas que Bure, ça touche toute la vie militante locale. On est vraiment dans une espèce de toile engluée. Et c’est exacerbé par le fait que l’instruction ait un cadre aussi extensible. C’est un vrai chewing-gum le machin, qui s’étend à l’infini… On ne peut pas se dire : « ce sont ces faits-là qui sont poursuivis ». Non, tout ce qu’on fait est susceptible d’entrer encore dedans. Ce qui veut dire qu’on ne peut même pas se retirer si on le voulait. Moi je suis à Commercy, à 40 bornes, mais tout ce que les gens font à Bure est au dossier et mis à charge de l’association de malfaiteurs dont je continue à faire partie malgré moi. Même si je voulais m’en retirer. Donc c’est extrêmement vicieux. En fait, on est assignés à résistance : l’avenir de cette lutte c’est le nôtre, en tout cas notre avenir est intimement lié à l’avenir de la lutte. On est obligés de rester là. Qu’on le veuille ou non.

Zadibao : Est-ce que tu penses qu’il y a un lien avec la victoire à NDDL ?

J : Il y a peut être une dimension de vengeance. Il y a aussi et surtout je pense une dimension qui consiste à ne surtout pas laisser la possibilité qu’un deuxième NDDL apparaisse. Il y a une espèce de hantise qu’il puisse y avoir un autre point de crispation et, évidemment, il y a un gros potentiel à Bure avec un projet aussi énorme, qui touche autant de réseaux. Pour l’état c’est clair que c’est l’endroit à abattre et à neutraliser, à maîtriser le plus fermement possible.

Zadibao : Comment fait-on pour ne pas laisser ce constat nous paralyser ? Quelles sont les formes que peuvent prendre les soutiens ?

J : Déjà l’association de malfaiteurs, elle resserre le champ sur les malfaiteurs : dans sa logique soit, lorsqu’on est auditionnés, on se désolidarise, soit on est potentiellement des malfaiteurs qui seront poursuivis à terme, qu’on soit indifféremment acteurs ou complices des faits prétendument incriminés. Et on se verra ainsi reconvoqués autant de fois que nécessaire à trier le bon du mauvais militant. Dans le temps, elle vise donc à resserrer le champ autour d’un petit groupe de criminels, la bande organisée, qui serait au centre. Mais si on n’arrive pas à resserrer ce champ et que la solidarité est suffisamment massive, qu’il y a des gens qui disent : « on est tous des malfaiteurs, on est tous complices de ça, on continuera tous à militer à Bure, à manifester à Bure, et on se mobilisera tous autour de ça », alors c’est vachement plus dur de nous isoler. Et en parallèle, on doit rester sur nos positions : « on ne concède rien dans les gardes à vue, on ne déclare rien »… Ainsi, le dossier se nourrit uniquement du fantasme policier et pas de nos errements et de nos fragilités. Je pense que ça c’est très important à souligner : la résistance face à ce type de dispositif, c’est de dire « on nie le dispositif », cette association de malfaiteurs on essaie de ne pas la faire exister dans nos comportements. Évidemment, quand tu as 5 à 10 ans de prison en face de toi, ça fait peur. Tu ne peux pas ne pas avoir peur de ça. Mais s’arrêter de lutter n’est pas une solution, parce qu’on deviendrait vraiment isolés. On laisserait toute sa place à une instruction qui se nourrit des vides et des peurs qu’elle génère, et qui nous condamne alors forcément si on ne la combat pas très collectivement avant qu’elle ne parvienne à son terme. Donc s’arrêter n’est pas possible. En revanche, il y a d’autres façons de lutter, sur tous les plans de l’existence. Cela signifie dire non, nous ne sommes pas seulement la conflictualité que vous essayez d’enfermer dans un dossier, nous sommes aussi une autre vision de la vie, une autre vision de l’avenir, et pour ça je pense qu’il faut absolument travailler à Bure et dans toute la région à opposer une autre vision du territoire au nucléaire. Dire « c’est ça qu’on veut, on n’est pas venus là dans l’intention de ‘commettre des dégradations’, on est venus là avec une autre vision de l’avenir ». C’est ça notre but premier. Les dégradations naissent de la conflictualité inévitable que crée l’Andra elle-même par son avancée brutale, appuyée par une politique oppressive et répressive.

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via Zadibao https://zadibao.net/2018/11/30/isoler-le-noyau-bure/

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